POEMES INEDITS DE PATRICIA LARANCO
EMIETTEMENT.
Une respiration bleutée
régulière,
qui se soulève :
le matin est un grand poumon ;
la métamorphose hésite à
secouer les pans de son aile.
L’ocre est un incompris
tari
en lui le sang d’un oued à sec,
les pentes ridées, burinées ;
autre part, sur les carrefours
la pluie dépose ses sanglots
métallifères
et ceux-ci ruent,
ils ruent sur les vitres cloquées ;
des stations-service se succèdent,
la pluie les fait pleurer de biais
virage après virage,
ça va ;
tournant après tournant,
tu cherches…
tu écartes
ce qui t’encombre
ce qui se loge dans tes yeux vides
chaque arbre est une boule de bruine
à peine distincte des autres pelotes.
Quelque chose dérape
en bas
mais ça échappe à tes regards.
Tu jettes des coups d’œil hâtifs
comme si tu arrachais des herbes
les coteaux satisfaits d’eux-mêmes,
ventrus se contentent d’errer
à leur rythme : cérémoniel
le sommeil serpente en ta chair
attiédi par le flux sanguin
qui demeure le maître d’œuvre,
le maître-langage
sans voix
replié dans l’opacité
juste à la frontière
du dire.
13/09/2007.
****************
DECRIRE…
Le charivari d’un pays qui vous accueille.
La nuit tropicale enfle ses glottes autour.
La nuit tropicale descend de la pyramide. Arrachant le masque de peau que je portais. Pas à pas. Par degrés. Degré après degré.
Elle taille en pièces la satisfaction des touristes, leur attente naïve, pré-existante aux faits.
Des cercles concentriques. Émanés par ma chair. La pulsation. De convergence à divergence.
Le Monde, fait d’alvéoles, d’imbrications. De télescopages créateurs d’étincelles.
Le chaos des facettes, et des angles d’approche. L’ironie décapante des prismes moqueurs.
En observant le monde, que regardes-tu ?
Une forêt, un moutonnement d’apartheids.
Décrire, n’est-ce pas, à ce compte, condamné d’avance ?
Qu’est-ce, décrire ?
Eh bien, c’est rendre les choses plus absentes. Leur conférer une sorte de légèreté.
Leur ôter, je crois bien, ce poids, oui, tout ce poids. Pareil à de l’asphalte qui fond, sous la canicule.
Décrire, ou tirer un trait sur l’axe des choses. Les délivrer de leur propre axe, qui les poignarde. De leur centre de gravité, qui leur dénie tout sens.
Leur révéler à elles-mêmes leur propre marasme, leur propre charge de foncière inutilité.
Les choses, une fois décrites, errent dans l’espace.
Elles y déploient un gracieux ballet de pollen, de spores à la luminosité confondante.
Etre, c’est, toujours, se dérober, s’échapper.
Participer à la confusion de ce monde.
Cette confusion, alias ce charivari que, souvent, l’on voit rassemblé au fond des rues, rougeoyant, flou et, bien sûr, indéfinissable.
Ce qui se passe est ce qui a hâte de finir.
D’où, sans nul doute, la vanité de tout récit.
Car tout choix assassine les autres choix possibles.
Alors que la mer a un bruit vaste et puissant.
Alors que la nuit suffoque dans votre bouche. A l’égal d’un bâillon de vieux tissu qui pue.
La nostalgie sans objet résulte de ça.
De l’usurpation de ce qui se réalise.
03/07/2007.
PATRICIA LARANCO
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