POEMES INEDITS DE MATTHIEU GOSZTOLA
Ce matin
Ecrasant la pelure d’un oignon
Le sentiment de distraire
L’ordre des choses
*
L’instant est commun :
Un clarinettiste à la fenêtre
Tire sur la jupe du réel
*
Je pose une craie sur la feuille –
Un rectangle de mon visage a disparu
*
Un parapluie noir
Ouvert sur la table
Dehors
Ma langue dans ta bouche
*
Le nuage de lait sur ton sourire
Semble confirmer la présence d’un lac
*
Ta main mouillée caresse
L’argile
Tu cherches à tâtons
Un début d’angle
*
Toi qui traverses l’instant qui me traverse
*
Dans l’ombre de mon poignet
J’agrandis la patience
*
« Seuls nos yeux n’ont pas été fabriqués »
Dis-tu en caressant le silence
Au bout de sa corde usée
*
Tu croises les doigts
Au-dessus de ta bague
Un coquillage fendu en son centre
Ton bracelet
Couleur du mur
Casse l’équilibre
*
Il t’arrive de manger des prunes bleues
Puis d’oublier leur couleur
*
Je décolle avec soin la peau des miroirs
1) Distribuer les cartes
2) Percer les pupilles
3) Recueillir la lumière dans un cendrier »
*
Croiser les jambes
Si la mort vient frapper à la fenêtre
Avec son œil de verre
*
L’ombre se découpe
Etre fidèle
À l’espace qu’on copie ?
L’herbe croît dans le dessin :
Insomnie
*
Rendant rêche un côté de la chaise
J’invente un sexe à ton souvenir
*
Les mâchoires du chien
Epuisent les cris de l’enfant
Mordu
Jusqu’au bleu
Du sang
*
Le pêcher en fleurs : être présenté au vent
*
Fantôme dans son manteau noir
Seule la main qui tient le sexe
Est visible
La lune rehausse le sol
Toute l’attention se porte sur les chemins
*
Sous la pression du regard
La page du ciel glisse
*
La lanterne posée sur un pli du ciel
Rassemble les éclats
*
Un mourant :
« Où jeter mon âme ?
Partout des grillages de fleurs »
*
Un mur blanc
L’œil rouge du grillon
L’éclipse n’a pas lieu
*
Le printemps épelle la neige et
Ce faisant
L’oublie
*
Le parfum des fleurs rend
La tristesse inconfortable
*
Souris et écoute
La pluie de terre
Imprégner
Un à un
Les coussinets de ta chair
Faire de ton corps
Un instrument de silence
*
Une vieille ville
Les roues d’un vélo
Froissant le creux des pierres
*
La mort ne garde rien pour elle :
Elle souffle les sourires des morts
Dans la bouche des enfants
*
J’appuie sur mes pensées
Pour que ton visage
En moi
Change de place
*
À ta mort
Le poème a eu un mouvement de recul
*
À présent
Tu cherches dans le sable
L’inclinaison secrète du réverbère
*
L’absence des oiseaux
Rend ton corps friable
*
Le revers des rêves :
Tu es
Ce que tu ne peux pas dire
MATTHIEU GOSZTOLA
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