POEMES INEDITS D'UMAR TIMOL
mystique
Je l'aime parce qu'elle existe,
Je ne souhaite rien, je ne désire rien,
Il me suffit sa présence
Et je crois qu'elle est comme une lumière bleue,
Qui toujours s'étend en moi,
Qui entrouvre de nouvelles terres, qui cisèle la dérive d'autres archipels,
Ou est-elle la foudre ou l'étreinte d'un crépuscule las,
Je ne sais trop
Mais elle est en moi, nichée au creux de mes minuits
Et je vais sans doute cheminer sur ses pas,
Puis-je faire autrement,
Glaner, ici et là, ses sédiments,
Procéder à l'inventaire de ses chutes et de ses envols,
Faire œuvre de témoin, de ses pactes et de ses absences
Et parfois m'enliser dans la fange
Car un rêve ne peut trop longtemps demeurer impuni
Mais il m'importe peu
Elle m'a élu et m'a gracié
Et je ne requiers rien,
Ni même l'aumône d'un regard,
D'un seul
Il me suffit sa présence.
**********
Sentiment parfois de l'étrange
Sentiment parfois de l'étrange.
De naître, au réveil, à la vie.
De découvrir l'être et le monde pour la première fois. Comme un enfant
qui émerge de l'entredire de la nuit pour renouveler le pacte des
splendeurs et des épouvantes de l'inconnu.
Sentiment parfois de l'étrange.
Ainsi être dans l'observance de sa chair, sa peau, ses mains, ses
ligaments, ce lieu, de nuances et d'excès, qui scelle les aléas de la
conscience.
Sentiment parfois de l'étrange.
Procéder à l'énigme de l'autre.
D'où vient donc le désir, entre révulsion et fascination, quels sont
donc ces liens, puisés dans la demeure de l'invisible, qui nous
unissent et nous désavouent ?
Pourquoi est-ce que l'autre nous est nécessaire et nous renvoie,
presque toujours, aux enfers ?
Sentiment parfois de l'étrange.
D'être d'un autre temps, d'un autre langage, d'un autre savoir.
Paradoxe du réel, son intensité absolue, - la densité de la matière,
le canevas des couleurs, l'irraisonné de la souffrance -, et son
caractère irrémédiablement illusoire.
Rien n'est vrai mais tout existe, tout doit exister.
Sentiment parfois de l'étrange.
Entrer en musique, entrer en lecture, entrer en désir, boire à grandes
goulées les velléités de l'euphorie, instruire la contemplation, corps
à la dérive des infinis et savoir pourtant que la trace extrême sera
celle du tombeau.
Quel est donc cet arbitraire qui orchestre la jouissance et nous
sentence aux geôles de l'ossuaire ?
Sentiment de l'étrange. Parfois.
Et sans doute le poème est
pour désemparer ta folie et assermenter ses vœux.
UMAR TIMOL
/image%2F0991588%2F20160508%2Fob_6b5244_553241-10151360181441811-256293531-n.jpg)